Votre site est rapide. Sur votre téléphone à 1 200 €.
Un site testé sur un portable récent en Wi-Fi passe toujours. La question utile est ce qu'il devient sur un appareil de cent euros en 4G moyenne.
La page se charge instantanément sur le poste du chef de projet. Elle est validée. Trois mois plus tard, le taux de rebond mobile est deux fois supérieur au taux de rebond ordinateur, et personne ne fait le lien.
Le problème n’est pas la mesure, c’est l’appareil sur lequel elle est prise.
Choisir un matériel de référence
Un budget de performance ne veut rien dire sans machine de référence. Utile : un téléphone d’entrée de gamme de trois ou quatre ans, sur un réseau mobile de qualité moyenne. C’est l’équipement d’une large part des visiteurs, et c’est celui qui révèle les problèmes.
L’écart entre un appareil haut de gamme récent et cette référence n’est pas de 20 %. Sur du JavaScript, il se compte en multiples : le processeur est plusieurs fois plus lent, et le travail d’analyse et d’exécution du script est précisément ce que la mesure de laboratoire sur machine puissante dissimule.
Les trois postes de dépense
Les requêtes vers des domaines tiers. Chaque domaine supplémentaire coûte une résolution DNS et une négociation TLS avant même le premier octet utile. Trois polices hébergées ailleurs, une bibliothèque d’animation sur un CDN, un outil de mesure d’audience : quatre domaines, et autant d’allers-retours qui s’additionnent sur un réseau à latence élevée.
Le JavaScript. Ce n’est pas le poids qui coûte le plus, c’est le temps d’analyse et d’exécution. Une bibliothèque d’animation de 130 Ko se télécharge vite ; elle occupe le processeur bien plus longtemps qu’elle ne l’a mobilisé le réseau.
Ce qui bloque le premier rendu. Une feuille de style externe empêche l’affichage tant qu’elle n’est pas arrivée. Si elle vient d’un autre domaine, elle cumule les deux problèmes.
Un budget qui tient en quatre lignes
Formuler le budget en contraintes vérifiables plutôt qu’en scores :
- nombre de domaines contactés pour afficher la page d’accueil ;
- nombre de ressources bloquant le premier rendu ;
- poids transféré à la première visite, et lors des visites suivantes ;
- temps avant que le contenu principal soit lisible, sur le matériel de référence.
Un score synthétique varie d’un test à l’autre et se discute. Un nombre de domaines ne se discute pas.
Ce qui se dégrade sans prévenir
Un site rapide le reste rarement par accident. Les régressions arrivent par ajouts successifs, chacun défendable isolément : une police supplémentaire, un lecteur vidéo intégré, un widget d’avis clients. Aucun de ces ajouts n’est déraisonnable ; leur somme l’est.
D’où l’intérêt d’écrire le budget quelque part et de le vérifier avant mise en ligne. Une dégradation devient alors une décision explicite, avec une contrepartie assumée, plutôt qu’un glissement que personne n’a vu passer.