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Un site sobre n'est pas un site pauvre. C'est un site qui s'affiche en une seconde.

La sobriété numérique est vendue comme un renoncement esthétique. Les mesures qu'elle impose sont exactement celles qui rendent un site rapide.

·2 min de lecture

L’objection arrive vite : un site sobre serait un site sans image, sans animation, sans ambition. Elle suppose que la richesse visuelle se mesure au poids transféré.

Les deux ne sont pas liés.

Ce que la sobriété impose réellement

La liste est courte, et familière à quiconque a fait de la performance :

  • servir les images à la bonne dimension, dans un format récent ;
  • ne pas charger ce que la page n’utilise pas ;
  • éviter les domaines tiers, chacun coûtant une résolution DNS et une négociation TLS ;
  • mettre en cache ce qui ne change pas ;
  • préférer ce que le navigateur sait déjà faire à une bibliothèque importée.

Aucune de ces mesures n’appauvrit le rendu. Elles suppriment ce qui était transféré sans être utilisé — un poste régulièrement majoritaire.

Le gain se déplace vers l’utilisateur

L’argument environnemental existe, et il est difficile à chiffrer honnêtement à l’échelle d’un site. L’argument mesurable est ailleurs.

Un site allégé s’affiche plus vite sur un téléphone d’entrée de gamme et sur un réseau moyen — c’est-à-dire pour la part des visiteurs qui abandonne aujourd’hui. Il consomme moins de données mobiles, ce qui n’est pas neutre pour une partie du public. Il vide moins la batterie, parce que le travail d’exécution du script est le premier poste de consommation d’un navigateur.

Ces trois effets se constatent. Ils ne demandent pas d’adhérer à une cause.

Ce qui pèse vraiment

Sur un site courant, dans l’ordre : les images non redimensionnées, les scripts tiers de mesure et de widgets, les polices multipliées, et les vidéos chargées automatiquement.

Une vidéo en lecture automatique en haut de page transfère plusieurs mégaoctets avant que le visiteur ait décidé de la regarder. Une image de remplacement cliquable produit le même effet visuel pour une fraction du coût.

Ce que la sobriété ne demande pas

De renoncer aux images, aux animations ou à une identité forte. Elle demande que chaque élément justifie son coût, et que les effets soient obtenus par les moyens les moins chers — une animation en CSS plutôt qu’une bibliothèque de 130 Ko, un dégradé plutôt qu’une photographie de fond, un SVG plutôt qu’un PNG.

Le résultat n’est pas un site plus pauvre. C’est le même site, sans ce que personne ne voyait.