Cinq choses à exiger avant de signer, sous peine de ne jamais pouvoir partir
La réversibilité ne se négocie pas au moment du départ, quand le rapport de force est défavorable. Elle se vérifie à la signature, sur cinq points concrets.
La question se pose toujours trop tard. Le prestataire ne répond plus, ou la relation s’est dégradée, et le sujet devient : que reste-t-il à emporter ?
À ce stade, le rapport de force est déjà défavorable. La réversibilité se vérifie à la signature, quand elle ne coûte rien à obtenir.
Les cinq points à vérifier
Le code source, en dépôt versionné. Pas une archive envoyée à la livraison : un accès en lecture, dès le premier jour, à l’historique complet. Un dépôt fourni à la fin, sans historique, prive de la connaissance du pourquoi des choix — la seule chose qu’un repreneur ne peut pas reconstituer.
Les données, dans un format lisible sans l’application. Un export SQL, CSV ou JSON documenté. Un export qui ne se relit qu’avec l’outil qui l’a produit n’est pas un export. Vérifiez qu’il inclut les fichiers déposés par les utilisateurs, pas seulement les tables.
Les noms de domaine, à votre nom. C’est le point le plus fréquemment négligé et le plus bloquant. Un domaine déposé par le prestataire, avec ses coordonnées comme titulaire, est juridiquement le sien. Le titulaire doit être votre entité, dès le dépôt.
Les secrets, dans votre coffre. Clés d’API, certificats, accès à l’hébergement, comptes des services tiers. Si la liste n’existe nulle part, elle sera reconstituée dans l’urgence, et de manière incomplète.
La documentation d’exploitation. Comment se construit le projet, comment il se déploie, où sont les sauvegardes, comment les restaurer. Une restauration jamais testée n’est pas une sauvegarde : c’est une intention.
Le test qui vaut toutes les clauses
Une clause contractuelle de réversibilité rassure sans rien garantir. Un test, oui.
Demandez, en cours de contrat et sans préavis particulier, la restitution complète : dépôt, export de données, liste des accès. Puis faites reconstruire l’environnement par quelqu’un d’extérieur au projet, à partir de ces seuls éléments.
Ce qui manque apparaît en une journée. Le faire pendant que la relation est bonne coûte une demi-journée à chacun ; le faire pendant une rupture coûte des semaines.
Ce que la réversibilité change pour le prestataire
Un prestataire dont les clients peuvent partir est un prestataire qui doit rester utile. C’est inconfortable et c’est sain.
L’objection habituelle — la protection du savoir-faire — ne tient pas à l’examen : le savoir-faire n’est pas dans le code livré, il est dans la capacité à le faire évoluer. Un prestataire qui refuse la réversibilité protège rarement son savoir-faire ; il protège une situation acquise.